Sassicaia et Ornellaia : deux visions de Bolgheri, près de Genève
Bolgheri est une histoire d’entêtement. Dans les années quarante, une bande de terre caillouteuse au bord de la mer Tyrrhénienne ne produisait rien de sérieux, et le marquis Mario Incisa della Rocchetta y a planté du cabernet parce qu’il aimait le Bordeaux. Trente ans plus tard, le vin issu de ces vignes bousculait toute la hiérarchie italienne. Voici ce que sont réellement Sassicaia et Ornellaia — et ce qui les sépare quand on les met côte à côte.
Sassicaia : un vin de table devenu appellation
Le nom vient de sassi, les cailloux. Le marquis Incisa della Rocchetta plante ses premiers cabernets à Tenuta San Guido dans les années quarante, pour sa consommation personnelle. Le vin reste familial pendant des décennies ; la première mise commerciale date du millésime 1968.
À l’époque, la réglementation italienne ne prévoit rien pour un cabernet toscan : Sassicaia est étiqueté simple vin de table. C’est le point de départ de ce qu’on appellera les « Super Toscans ». La reconnaissance viendra plus tard, jusqu’à un cas unique en Italie — Bolgheri Sassicaia est aujourd’hui une dénomination réservée à un seul domaine.
Au verre, le style n’a pas beaucoup bougé : dominante cabernet sauvignon, cèdre, cassis, graphite, une austérité assumée dans la jeunesse et une trame tannique droite. Ce n’est pas un vin démonstratif. Il demande du temps — dix ans ne lui font pas peur — et récompense la patience mieux que presque tout ce qui se fait en Italie.
Ornellaia : la même côte, un autre tempérament
Ornellaia naît en 1981, à quelques kilomètres de là, à l’initiative de Lodovico Antinori. Le domaine hérite du même climat maritime et des mêmes sols variés, mais fait des choix différents.
L’assemblage y fait une place nettement plus large au merlot, aux côtés du cabernet sauvignon, du cabernet franc et du petit verdot. Le résultat est plus enveloppant, plus immédiatement séduisant : fruits noirs mûrs, chocolat, une texture ample et un boisé plus perceptible.
Dit simplement, et c’est comme cela que nous en parlons en boutique : Sassicaia est un vin de rigueur, Ornellaia un vin de générosité. Aucun des deux n’est meilleur — ils répondent à deux envies différentes. Si vous ouvrez ce soir, prenez l’Ornellaia. Si vous mettez en cave, prenez le Sassicaia.
Servir ces bouteilles sans les gâcher
Deux erreurs reviennent constamment sur ces vins.
La première est la température. À 20 °C, l’alcool et le bois prennent toute la place. Servez entre 16 et 17 °C, pas plus — sur une bouteille jeune, un passage court au frais avant le service ne fait pas de mal.
La seconde est la carafe, ou son absence. Un millésime jeune gagne énormément à deux heures de carafe : c’est le seul moyen de dénouer les tanins. Une bouteille de plus de quinze ans, à l’inverse, se contente d’une ouverture une heure avant et d’un service délicat — le dépôt est fréquent et mérite qu’on redresse le flacon la veille.
À table, visez la viande rouge simplement traitée : côte de bœuf, agneau rôti, gibier à plumes. Les truffes fonctionnent très bien avec l’Ornellaia. Évitez les sauces sucrées et les plats trop épicés, qui durcissent le cabernet.
Ce que nous référençons sur cette côte
Bolgheri est une région que nous suivons sérieusement, au-delà des deux noms les plus connus.
Figurent au catalogue le Bolgheri « Sassicaia » de Tenuta San Guido, le Bolgheri Superiore d’Ornellaia ainsi que ses vins plus accessibles — « Le Serre Nuove dell’Ornellaia » et l’IGT Toscana « Le Volte » —, et la Tenuta Guado al Tasso avec « Il Bruciato » et son Bolgheri Superiore, y compris en magnum.
Un conseil que nous donnons souvent : commencez par « Le Volte » ou « Il Bruciato ». Ce sont les meilleures portes d’entrée pour comprendre le style de la côte, à un prix qui permet d’essayer. Vous saurez ensuite lequel des deux grands vous correspond.
Sassicaia nous arrive en allocations, et Ornellaia en quantités limitées : nous n’annonçons donc ni stock ni millésime dans un article. Dites-nous ce que vous cherchez, nous vous répondrons franchement — y compris si nous pensons que votre budget serait mieux employé ailleurs.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
Questions fréquentes
Quelle différence entre Sassicaia et Ornellaia ?
Sassicaia, à Tenuta San Guido, est dominé par le cabernet sauvignon : austère jeune, droit, taillé pour la garde. Ornellaia fait une place large au merlot : plus ample, plus gourmand, plus abordable jeune.
Pourquoi parle-t-on de « Super Toscan » ?
Parce que ces vins, nés de cépages bordelais en Toscane, ne rentraient dans aucune appellation italienne et furent d’abord étiquetés simples vins de table, malgré leur qualité. Sassicaia en est le point de départ.
Faut-il carafer un Sassicaia ?
Sur un millésime jeune, oui : comptez deux heures. Sur une bouteille de plus de quinze ans, non — une ouverture une heure avant suffit, avec un service délicat, le dépôt étant fréquent.
Par quel vin de Bolgheri commencer ?
Par « Le Volte » d’Ornellaia ou « Il Bruciato » de Guado al Tasso. Ce sont les meilleures introductions au style de la côte toscane, sans engager le budget d’un grand flacon.
Une question reste en suspens ?
Dites-nous ce que vous préparez, ce que vous aimez et le budget que vous souhaitez garder. Un caviste de Ferney-Voltaire ou de Saint-Genis-Pouilly vous répond simplement.
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