Histoires de vignerons

Jean Foillard : de la Côte du Py à la transmission familiale

Publié le 2026-10-04 · 5 min · Par L’équipe de la Vinothèque du Léman

À Villié-Morgon, Jean Foillard a fait d’un domaine familial une signature immédiatement reconnaissable : un gamay profond, mais jamais pesant, où le fruit garde sa netteté. Son histoire ne tient pas à une recette spectaculaire. Elle repose sur une reprise en 1981, des vendanges manuelles, des cuvaisons patientes et une lecture précise de deux noms essentiels de Morgon, la Côte du Py et Corcelette. Aujourd’hui, la transmission à son fils Alex ajoute un nouveau chapitre sans effacer le style de la maison. Nous aimons ce parcours parce qu’il relie trois choses que le vin sépare trop souvent : un lieu, une manière de travailler et le temps nécessaire pour passer le témoin.

1981, le passage d’un domaine familial à une signature

Jean Foillard est fils et petit-fils de vigneron. En 1981, il reprend le domaine familial de huit hectares à Villié-Morgon. Le point de départ est modeste à l’échelle d’une maison devenue recherchée : des vignes, une appellation alors parfois réduite à l’image d’un rouge simple et une conviction que le gamay peut transmettre beaucoup plus de nuance. La rencontre intellectuelle avec Marcel Lapierre compte dans cette trajectoire. Elle encourage un travail attentif à la vigne et une vinification qui accompagne le raisin au lieu de le maquiller.

La réputation s’est construite bouteille après bouteille, sans changer de commune ni courir après les effets de mode. Le domaine travaille aujourd’hui la Côte du Py et Corcelette, deux terroirs majeurs de Morgon, ainsi que des parcelles à Fleurie. Cette continuité explique une part de sa force : la comparaison entre les années affine les gestes, et la connaissance des coteaux devient une mémoire de famille.

Cette mémoire n’est pas figée. Alex Foillard, après avoir voyagé et cultivé quelques hectares sous son propre nom, reprend progressivement les rênes. Nous y voyons une transmission au sens plein : ni copie servile, ni rupture théâtrale. Le style reste lisible tandis qu’une nouvelle sensibilité trouve sa place. Pour une maison comme la nôtre, présente dans le Pays de Gex depuis 1997, cette façon de transmettre parle directement du métier : préserver ce qui mérite de l’être, puis laisser la génération suivante l’habiter à sa manière.

Vendange entière et temps long en cuve

Le travail de Jean Foillard part de vendanges manuelles. Les grappes entières passent ensuite deux à trois semaines en cuve, à basse température, sans levures ajoutées. L’extraction cherche moins la force que l’infusion : le fruit, les peaux et les rafles donnent progressivement couleur, parfum et structure. L’élevage en fûts prolonge ce mouvement sans imposer un goût de bois neuf.

Ces choix demandent une matière première saine et une attention constante. La vendange entière peut apporter du parfum, une trame épicée et une sensation de fraîcheur, mais elle ne pardonne ni raisin insuffisamment mûr ni geste approximatif. Ici, elle sert un style libre de lourdeur. Le vin conserve le croquant du gamay tout en gagnant la profondeur attendue d’un Morgon.

Nous préférons parler de précision plutôt que d’étiquette « nature ». Dans le verre, la question utile reste simple : le fruit est-il net, la bouche tient-elle sans sécher, et le vin donne-t-il envie de revenir ? Chez Foillard, la réponse passe souvent par une texture souple, des tanins fins et une longueur qui ne hausse jamais la voix. Cette retenue n’empêche pas la garde ; elle la rend seulement moins démonstrative dans la jeunesse.

Côte du Py et Corcelette, deux reliefs de Morgon

Morgon naît sur la seule commune de Villié-Morgon, autour de la colline du Py. Le gamay y prend un visage plus charnu que dans les expressions les plus légères du Beaujolais : cerise, prune, noyau, violette et kirsch apparaissent avec l’évolution. La Côte du Py, composée de pierres bleues et de schistes décomposés, apporte naturellement davantage d’assise et de profondeur. Corcelette avance sur un registre plus délié, floral et soyeux. Ce ne sont pas deux niveaux d’une hiérarchie, mais deux façons de lire le même cru.

La Côte du Py peut sembler réservée dans sa jeunesse. Son fruit sombre, ses épices et sa structure réclament parfois de l’air, puis quelques années de cave pour se fondre. Corcelette donne plus vite accès au parfum et à la finesse du gamay, sans être un vin léger pour autant. Nous choisissons l’un ou l’autre selon le moment : Corcelette pour une table où l’élégance doit primer, Côte du Py lorsqu’un plat et une garde plus longue appellent davantage de profondeur.

Le mot « morgonner » décrit bien cette aptitude au temps. Avec les années, le fruit frais évolue vers le noyau, la cerise à l’eau-de-vie, les épices et le sous-bois. Pour une cuvée structurée conservée dans une cave stable, cinq à dix ans forment un repère sérieux. Le millésime et les conditions de conservation comptent, bien sûr, mais Morgon n’est pas un beaujolais que l’on doit forcément boire dans l’année.

Servir un Foillard sans éteindre le gamay

Nous servons un Morgon jeune de Jean Foillard à 14 ou 15 °C. À cette température, le fruit reste précis et l’alcool ne prend pas le dessus. Une Côte du Py arrivée à maturité peut monter à 16 °C. Une bouteille jeune et serrée gagne à être ouverte une heure avant le repas ; un passage bref en carafe suffit. Pour un vin de plus de huit ans, nous évitons l’aération brutale : bouteille debout quelques heures, ouverture douce et service attentif au dépôt.

À table, la texture souple du gamay aime les chairs rôties plus que les sauces très sucrées. Un poulet fermier, un veau aux champignons ou un filet mignon de porc fonctionnent sans forcer l’accord. Le fruit et les épices répondent aussi très bien à un pâté en croûte, une terrine ou un saucisson brioché. Pour une table végétale, nous allons vers des lentilles aux légumes racines, des cèpes ou une courge rôtie : le vin garde assez de fraîcheur pour alléger le plat.

Corcelette convient particulièrement à une volaille ou à un veau délicat. La Côte du Py accepte une viande plus goûteuse, un jus réduit ou quelques années de comté. Nous ne cherchons pas l’accord le plus impressionnant, mais celui qui laisse le vin et le plat respirer ensemble. Un verre assez large, rempli au tiers, fait le reste.

Ce que nous référençons de Jean Foillard

Notre catalogue suit quatre libellés du domaine : « Morgon - Domaine Jean Foillard », « Morgon "Corcelette" - Domaine Jean Foillard », « Morgon "Côte du Py" - Domaine Jean Foillard » et « Morgon "3.14" - Domaine Jean Foillard ». Cette gamme permet de passer d’une lecture d’ensemble de Morgon à des expressions plus précises de ses coteaux, sans réduire le domaine à une seule cuvée.

À Ferney-Voltaire comme à Saint-Genis-Pouilly, nous pouvons vous orienter selon le repas, l’année d’ouverture envisagée et la place que vous souhaitez donner au vin à table. La disponibilité se vérifie en boutique au moment de votre demande.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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